Cahier de recherche no 2021-07

La soutenabilité budgétaire à long terme du Québec, édition 2021. Au-delà de la pandémie.

Yves St-Maurice, Luc Godbout et Suzie St-Cerny

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Résumé

La prémisse à la base des effets de la transition démographique sur la soutenabilité budgétaire à long terme est qu’elle exerce une pression de plus en plus forte sur les coûts de la santé, tout en limitant la croissance économique génératrice de revenus pour l’État. La combinaison des deux phénomènes risque de compromettre la pérennité des équilibres financiers du Québec et d’engendrer un endettement excessif si des solutions ne sont pas mises en place rapidement. Cela soulève un potentiel problème d’équité intergénérationnelle.

La Chaire s’intéresse à cette question depuis près d’une quinzaine d’années et sa dernière analyse date de 2018. La présente édition est davantage qu’une mise à jour, car il a fallu jongler avec les effets de la pandémie sur les finances publiques. C’était aussi une occasion de remettre en question chacune des hypothèses, notamment en ce qui concerne les coûts des soins de santé par habitant, les taux d’emploi par catégories d’âge, l’estimation des transferts fédéraux, les investissements, le taux d’intérêt sur la dette, etc. Les projections démographiques de l’Institut de la statistique du Québec publié en 2019 ont aussi été incorporées.

Comme toutes les études antérieures de la Chaire sur le sujet, les résultats démontrent qu’avec le même niveau de fiscalité et de taxation qu’aujourd’hui, le gouvernement risque de ne pas pouvoir maintenir les services actuels à la population, à moins d’encourir des déficits année après année. Ce constat est observable sur l’ensemble de l’horizon de projection, soit une quarantaine d’années (2023 à 2061). Les finances publiques, qui sont déjà sous tension à court terme à cause de la pandémie, le demeureront à long terme si rien n’est fait. L’écart budgétaire à résorber par rapport au PIB, qui est prévu s’élever à ‑1,7 % au cours de l’exercice 2022-2023 atteindra un creux à -1,1 % en 2028. Il remontera par la suite à -1,9 % en 2044 pour terminer sa course à -1,6 % en 2061.

Ainsi, les résultats obtenus ne permettent pas de conclure à la soutenabilité budgétaire. Toutefois, ils sont un peu plus encourageants que ceux de l’édition 2018 alors que le ratio solde budgétaire au PIB atteignait -2,8 % en 2058. La situation est cependant plus difficile à court terme, le déficit ne réussissant pas à descendre sous la barre des 6 milliards de dollars. Ce dernier atteindrait 28,6 milliards de dollars en 2061.

Des analyses de sensibilité sur des hypothèses liées à des variables clés permettent de montrer une diminution du ratio du déficit au PIB, en étant plus optimiste (soit hausse de productivité plus grande ou encore impact du facteur technologique des coûts de santé moins grand), mais pas suffisamment pour renverser complètement la tendance.

Même s’ils sont peu réjouissants, il ne faut pas interpréter les résultats de ce rapport comme étant un présage de l’apocalypse. Il y a fort à parier que dans 10 ou 20 ans nos projections ne se seront pas matérialisées, car les décideurs politiques auront au fil des années pris des décisions, parfois difficiles, afin d’ajuster le tir pour éviter l’apparition de déficits à répétition. D’ailleurs, en présentant un écart à résorber dans son dernier budget de l’ordre de 6,5 milliards de dollars pour l’exercice 2027-2028, le ministre des Finances montre bien les efforts qu’il faudra faire à court terme pour revenir à l’équilibre budgétaire. Ces efforts risquent de perdurer dans le temps si des solutions ne sont pas mises en place rapidement pour pallier les effets de la transition démographique.

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